Parcoursup : la fin de la première année commune aux études de santé met les universités sous tension (Le Monde)

1731024-le-logo-du-journal-le-monde-diapo-1Plusieurs facultés alertent sur le manque de moyens pour mettre en place les nouveaux cursus. La plate-forme d’admission dans l’enseignement supérieur a ouvert vendredi. Par Camille Stromboni Publié le 21 décembre 2019 à 10h19 – Mis à jour le 22 décembre 2019 à 05h43.

Une importante nouveauté marque la troisième édition de Parcoursup. La plate-forme d’admission dans l’enseignement supérieur a ouvert vendredi 20 décembre, pour une phase d’information des quelque 700 000 lycéens, qui pourront formuler leurs vœux à partir du 22 janvier. Cette année signe la fin de la première année commune aux études de santé (Paces), ce cursus condamné de toutes parts, car il laisse des milliers de jeunes échoués à l’issue d’un concours ultrasélectif. Désormais, différents parcours doivent permettre d’accéder aux études de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique.

Mais en coulisse, le déploiement de ce chantier phare du gouvernement, qui accompagne la suppression du numerus clausus (ce nombre de places fixé par l’Etat, remplacé par des capacités d’accueil établies notamment par les universités), se met en place non sans difficulté.

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L’année de transition va être « rock’n’roll », résume un connaisseur du dossier. Des « incertitudes majeures » font peser « un risque réel sur la mise en œuvre de ces réformes pourtant attendues par tous », écrivaient les doyens de médecine, dès le 13 décembre, après d’autres messages d’alerte adressés au ministère de l’enseignement supérieur, également par les présidents d’université.

Dès la rentrée 2020, les candidats devront choisir entre un parcours spécifique « accès santé » (PASS) ou une licence avec une option « accès santé » (LAS). Dans le premier parcours, une mineure dans une autre discipline universitaire leur permettra de poursuivre leurs études en cas d’échec aux épreuves de sélection en médecine. Dans le second, des licences disciplinaires classiques (droit, économie, sciences de la vie…) proposeront des mineures « santé », à l’issue desquelles les étudiants pourront aussi tenter d’entrer en médecine. Tous devront avoir une « seconde chance », à l’issue d’une deuxième ou troisième année de licence.

« Il n’y a pas d’alerte rouge »

Mais dans plusieurs universités, l’inquiétude demeure sur la capacité à déployer cette nouvelle architecture. Si la plupart des établissements ont décliné sur Parcoursup, le 20 décembre, le détail de ces formations, 20 % d’entre eux n’ont pas encore adopté ces offres dans leurs conseils de gouvernance, d’après une enquête de la conférence des doyens de médecine. Près de la moitié des 37 facultés de santé n’ont pas affiché le nombre de places ouvertes dans les différentes filières.

Au ministère de l’enseignement supérieur, on se veut rassurant. « Tout est prêt, il n’y a pas d’alerte rouge », assure-t-on, tout en se disant « bien conscient de la difficulté d’une réforme aussi profonde en si peu de temps ». Une enveloppe de 16 millions d’euros est prévue, avec des notifications qui doivent encore arriver dans les établissements jusqu’au 17 janvier. En revanche, aucune rallonge budgétaire n’est à l’ordre du jour.

Or, c’est bien sur le terrain financier que les universitaires disent se retrouver « dans l’impasse ». Entre 60 et 100 millions d’euros sont jugés nécessaires par les présidents pour développer ces parcours et organiser, en parallèle, une dernière Paces pour les redoublants. « L’Etat nous propose 1 200 euros par étudiant. Il nous faudrait trois fois plus, au minimum », résume Djillali Annane, vice-doyen de la conférence des doyens de médecine, à la tête des sciences de la santé à Versailles.

« Il ne s’agit pas du tout d’un blocage ou d’une opposition à la réforme, sur laquelle nous travaillons depuis des mois, précise Lynne Franjié, vice-présidente formation à l’université de Lille. Mais nous avons une problématique de coût. »

Les immenses amphis de Paces, avec de nombreux cours magistraux suivis en partie en visioconférence et des travaux dirigés qui réunissent parfois jusqu’à une centaine d’étudiants, n’ont rien à voir avec une licence traditionnelle, qui compte beaucoup plus d’heures d’enseignement en petits groupes.

A Lille, par exemple, la plus importante Paces de France avec 2 350 étudiants (3 200 inscrits en comptant les redoublants) doit répartir, selon les nouvelles règles, son effectif à hauteur de 70 % dans le futur « PASS » et 30 % dans les autres licences (LAS). « On doit passer de 2 000 heures à financer à 14 000 heures, pour transférer près de 700 étudiants vers les autres licences. Comment fait-on ? », interroge-t-elle. L’université a reçu jusqu’ici 218 000 euros, mais aurait besoin de 2,8 millions.

Licences en tension

Face au manque de moyens et de locaux, plusieurs doyens n’excluent pas d’offrir moins de places en « santé ». Ce que leur refuse le ministère. « Tant qu’on ne nous donne pas les moyens, nous n’ouvrirons pas les places supplémentaires », assume Olivier Oudar, de l’université Paris-XIII.

Les facultés doivent donc frapper à la porte d’autres disciplines. Orienter vers des licences parfois déjà en tension en termes d’effectifs, comme le droit ou la psychologie, et qui doivent s’engager non seulement à accueillir des étudiants de plus en première année, mais aussi à garder dans leurs cursus ceux qui échoueront à la sélection de médecine, tout en validant leur année…

Les mêmes difficultés se font jour à Nantes, Versailles ou Paris. « On ne peut pas lancer cette réforme en mettant les étudiants en difficulté avec des parcours où ils ne seront pas assez accompagnés pour réussir ensuite en santé », soutient Cécile Badoual, présidente du conseil pédagogique de la faculté de médecine de Paris-Descartes, en cours de fusion avec Paris-Diderot, au sein de la future université de Paris.

Elle, comme d’autres, espérait un report d’un an ou un aménagement dans la mise en œuvre de la réforme, une option exclue par le ministère. La professeure sent déjà la « pression » monter chez les lycéens et les familles. « La médecine n’est pas une filière anodine, ce sont des études passion, dont on a rêvé et sur lesquelles on se projette depuis longtemps. »

Via Le Monde